Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/140

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Ce basilic des demoiselles de comptoir lui donna l’Illusion sublime. Et voici l’incroyable drame qui s’ensuivit.

Narcisse Lépinoche, tel était le nom du vainqueur, ne refusait pas absolument d’épouser Justine. Autant celle-là qu’une autre, après tout. Mais n’ayant, hormis son emploi, que des échéances d’usurier pour tout capital et désirant, au surplus, jeter le filet quelque temps encore, il ne montrait aucune hâte fébrile d’enchaîner à son existence une jeune personne sans le sou dont la beauté n’avait rien de foudroyant.

Je ne l’ai jamais cru sordide, mais un désintéressement héroïque n’était pas son fait ; et puisqu’on parlait d’« entrer en ménage », la prudence rudimentaire n’exigeait-elle pas qu’on attendît au moins l’héritage de l’oncle Tiburce, qui gagnait cent mille francs par an dans ses échalas et ne tarderait guère, sans doute, à quitter un monde où sa belle âme était en exil ?

Justine se trouvait, en effet, ruinée, depuis quelque temps déjà, par son imbécile de père, qui avait engagé toute sa fortune pour le percement du fameux tunnel sous l’Himalaya, destiné à relier l’Inde anglaise à la Mantchourie.

L’insuccès colossal de cette entreprise ayant pré-