Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/78

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et je pense qu’il était digne de commander à ses compagnons, car il savait se commander à lui-même.

C’était une manière de puritain sec, harnaché de certitudes, méticuleux et auscultateur. Extérieurement, il tenait à la fois du blaireau et de l’estimateur d’une succursale de mont-de-piété, dans un quartier pauvre.

Quand on lui disait bonjour, il avait toujours l’air de recevoir un nantissement et sa réponse ressemblait à l’évaluation d’un expert.

Intérieurement, son âme était l’écurie d’un mulet inexorable, de l’espèce de ceux qu’on élève avec tant de sollicitude en Angleterre ou dans la cité de Calvin pour le transport des cercueils blanchis.

Il ne voulait pas cependant qu’on l’imaginât protestant, s’affirmait catholique jusqu’à la pointe des cheveux, ostensiblement mettait à sécher son cœur sur les échalas de la Vigne des élus.

Son fonds, c’était d’être chaste, et surtout de le paraître. Chaste comme un clou, comme un sécateur, comme un hareng saur ! Ses acolytes le proclamaient immarcessible et inéffeuillable, non moins albe et lactescent que le nitide manteau des anges.

Oserai-je le dire ? Il regardait les femmes comme du caca et le comble de la démence eût été de l’inciter à des gaillardises. D’une manière générale, il désapprouvait le rapprochement des sexes et toute pa-