Page:Bloy - Je m'accuse, La Maison d'Art, 1900.djvu/164

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ment, que mille galériens innocents, récupérés par ta sale prose, pourraient te faire pardonner cette profanation inexprimable ?

Écoute, si tu es capable d’écouter et de comprendre. Tu es né, on ne sait où, comme naissent les inexistants. Soit. On dit que tu es une relavure de Venise. J’y consens. On naît où on peut et on est ce que Dieu veut.

Mais être absolument dénué de ce qu’on nomme, depuis des siècles, l’esprit français ; être un cul de plomb, un balourd congénital et continental, aussi incapable de dérider le front des autres que de déplisser le sien ; et, en même temps, … régner sur la France ! voilà ce qui enfonce tout. Je suis forcé de le reconnaître.

Qui le croirait, cependant ? Cela ne te suffit pas. Il te faut les siècles à venir. Tu as écrit à Mme Dreyfus que tu étais un POÈTE et qu’à cause de cela, une postérité lointaine observerait tes consignes !…

Comment est-il possible, mon pauvre garçon, que tu n’aies pas un ami pour t’apprendre que dans l’heure qui suivra ta mort, probablement aussi prochaine qu’ignomi-