Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/152

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.



L’ingression de la chipie fut, d’ailleurs, une belle chose qui le récompensait déjà de sa vertu. Elle parut glisser, s’appuyant au mur, comme ne pouvant plus porter son fardeau, en même temps qu’elle ouvrait une large écluse de ces gloussements singultueux qui donneraient à penser à tout l’univers que les forces d’une pauvre mère sont décidément épuisées, qu’il n’y a plus moyen du tout de soutenir une croix si pesante et que si le secours d’en haut se fait plus longtemps attendre, elle va succomber dans quelques instants.

À tout autre moment, l’énorme dégoût d’une telle présence eût été plus fort que le sentiment même du ridicule et Pélopidas aurait, à coup sûr, manqué de douceur. Mais il avait l’âme joyeuse, ayant fait exactement ce qui lui plaisait, et le caricaturiste l’emporta.

— Madame, dit-il, soyez persuadée que votre visite me plonge dans le ravissement. Par malheur, mes travaux ne me permettant pas de m’abandonner plus de cinq minutes aux délices probables de votre conversation, je vous serais infiniment obligé de vouloir bien me dire en deux mots votre petite affaire.

Arrivée au centre de la vaste pièce, la mère Chapuis s’arrêta, laissant tomber ses deux mains ouvertes, la paume en dehors, à l’extrémité de ses deux longs bras collés aux flancs, dans la posture soigneusement étudiée d’une chrétienne généreuse devant un farouche proconsul.

Simultanément, son menton, par deux savantes oscillations, décrivait une courbe rentrante sur sa gorge avachie