Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/165

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me le représente très bien à la première Croisade, en compagnie de Pierre l’Ermite ou de Gautier Sans avoir. Interrogez-le quelque jour.

On le voit, l’enseignement de Gacougnol était surtout esthétique. Ayant découvert en son élève une appétence extraordinaire du Beau en toutes choses, il portait là tout son zèle et ne lui présentait jamais un autre objectif, assuré que cet esprit vierge, qui frémissait comme les libellules dans la lumière, comprendrait toujours ce qu’on écrirait pour lui sur le rayon d’or.

La culture intellectuelle de la pauvre fille, bien entendu, était à peine rudimentaire. Elle avait reçu le degré d’instruction des ouvrières les plus humbles et ce n’était pas le voisinage du couple Isidore qui aurait pu la développer. Quelques misérables romans de cabinet de lecture avaient été sa seule ressource et la généreuse nature avait fait le reste.

Conformément au vœu non exprimé de Gacougnol, un violent désir d’augmenter son âme lui vint au contact du peintre et de ses amis, car il recevait à peu près exclusivement trois ou quatre personnages assez remarquables, parmi lesquels Marchenoir, et l’intérêt grandissant de ces visiteurs pour la nouvelle unité de leur groupe ne se dissimulait pas. Elle se voyait admise dans un milieu rare que la seule présence de l’« Inquisiteur » illustrait à ses yeux prodigieusement.

Elle pria donc, dès les premiers jours, son maître enchanté de lui procurer les manuels élémentaires qu’il lui fallait