Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/167

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dire. Vous comprendrez mieux plus tard ce qu’il y a d’amertume dans cette parole…

J’ai donc besoin d’une dame de compagnie. Ça ne se fait pas, cette drôlerie. Raison de plus. J’ai passé ma vie à faire, par choix, ce qui ne se faisait pas. Vous voyez donc que vous êtes à mon égard dans l’attitude la plus correcte.

Je suppose, d’ailleurs, ma pauvre petite, que vous avez pris votre parti des suppositions ou des potins qui peuvent avoir lieu à Grenelle. Vous feriez n’importe quoi dans ma maison que votre respectable mère et son digne compagnon ne diraient pas moins que vous êtes ma maîtresse. Je ne vous ai pas caché qu’elle était venue ici, dès le premier jour, pour chercher dans mes draps de lit sa drachme perdue.

Tenez-vous donc en paix, ainsi que je vous l’ai déjà recommandé, et si j’ai l’honneur d’être pour vous une image plus ou moins comique de la Providence, dites-vous bien que je reçois peut-être beaucoup plus que je ne donne et ne me harcelez pas de vos scrupules.

La situation de Clotilde vis-à-vis de sa mère avait été réglée le lendemain de la fameuse visite rappelée par Gacougnol. Sur son conseil, elle avait écrit froidement sa résolution de vivre seule désormais et sa volonté formelle de se dérober à toute entrevue, jusqu’au jour où le Chapuis aurait été irrévocablement congédié. Le délicieux couple, évidemment déchiré par une ingratitude si noire, n’avait fait aucune réponse et la paix de la fugitive parut être assurée, de ce côté-là, pour un temps indéterminé.