Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/192

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le silence est sa vraie patrie, il emprunte volontiers le cri des aigles, parfois même le barrissement d’un rhinocéros écorché, pour informer toutes les étoiles qu’il est en exil.

Accoutré, pour la risée de la populace littéraire, d’un nom sublime dans lequel il meurt, tout son effort est de s’élancer hors de l’affreux monde où une Providence carnassière le claquemura.

On pourrait le comparer un de ces diptères éblouissants, éclos, semble-t-il, dans le lit des fleuves de la lumière, qui se précipitent jusqu’à en mourir, mais toujours frémissants du même espoir, sur la vitre sans compassion qui les sépare de leur ciel. Un cloporte, sûrement, trouverait une autre issue. Lui ne la cherche même pas. Il s’acharne à l’évasion impossible, précisément parce qu’il la sait impossible et que c’est sa loi de n’entreprendre que ce qui est tout à fait déraisonnable.

On connaît sa haine d’archange pour le Bourgeois, la férocité de templier qu’il tient en réserve pour les occasions de confondre ce Réprouvé honorable, ce « Tueur de cygnes », ainsi qu’il le qualifie, dont Satan même doit rougir dans son enfer. C’est au point qu’il ne paraît pas concevoir une autre manière de se sanctifier.

— Ah ! je suis forcé de subir ton voisinage, se dit-il, je suis condamné à entendre ta voix goujate, l’expression ridicule de tes idées basses, tes maximes d’avare et l’ignominie sententieuse de ta vomitive sagesse. Nous allons donc pouvoir rire un peu ! Tu ne sortiras pas de mon sarcasme ! Alors, il se fait, une minute, l’ami du bourgeois, son ami