Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/206

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avoir lu dans le Rituel romain, à la rubrique des exorcismes un choix d’épithètes qui ne donnent pas une idée gracieuse de vos locataires.

— Sans compter, fit observer Apémantus, que les cochons doivent se méfier de vous. C’est la vie impossible, tout simplement.

— Notre excellent Apémantus a raison, reprit Bohémond déterminé à ne pas lâcher son os. Je n’y avais pas songé. Les porcs doivent se souvenir du mauvais tour qui leur fut joué dans le pays des Géraséniens. Saint Marc assure qu’il ne fallut pas moins de deux mille verrats pour loger les esprits immondes sortis d’un seul possédé. C’est un chiffre, cela ! On pense bien que la fin malheureuse de ces quatre mille jambons de Galilée n’a pas manqué de laisser une forte empreinte et que la tradition s’en est conservée dans toute la race, malgré la longueur des siècles. Les charcutiers eux-mêmes paraissent en avoir gardé une crainte obscure dans les circonvolutions ténébreuses de leurs encéphales et c’est pour cela, sans doute, qu’ils s’obstinent à détailler à l’infini la chair de ces animaux, à la mélanger cauteleusement avec d’autres chairs, sous prétexte de les assortir, comme s’ils avaient l’anxiété de quelque panique soudaine qui dégarnirait leurs comptoirs.

Mais tous les porcs ne sont pas chez ces négociants honorables. On en rencontre à chaque pas qui ne sont pas débités et qui ne peuvent pas l’être, à cause de la multitude des lois. Il est trop clair, en effet, que ceux-là