Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/230

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satisfait d’une si belle défense des idées qu’il croyait avoir, félicita bruyamment le grandiloque et fit circuler des boissons.

Clotilde, cependant, restait sur son appétit d’émotions intellectuelles. Il lui semblait que tout n’était pas fini. Quelque chose qu’elle n’aurait pu dire manquait à cette primitive, à cette neuve qui voulait son héros tout à fait sublime et, d’instinct, elle attendait un rais de foudre.

Aussi les pulsations de son âme se multiplièrent lorsque Druide, visiblement égaré depuis que Marchenoir avait arraché la langue à Boliémond, l’interpella en ces termes qui ne permettaient aucune évasion

— De tout ce que vous nous avez dit, Marchenoir, je ne peux et ne veux retenir qu’un mot qui me précipite, je suis forcé de l’avouer, dans un gouffre de stupéfaction. Suis-je un artiste ! avez-vous crié tout à l’heure, de l’air d’un corsaire qu’on menacerait d’enchaîner au banc d’une chiourme. Notre ami vous en a exprimé son étonnement qui n’a pas dû être médiocre. Voulez-vous me permettre une question ? Si vous n’êtes pas artiste, qu’êtes-vous donc ?

— Je suis Pèlerin du Saint Tombeau ! répondit Marchenoir de sa belle voix grave et claire qui fait ordinairement osciller les crêtes et les caroncules. Je suis cela et rien de plus. La vie n’a pas d’autre objet, et la folie des Croisades est ce qui a le plus honoré la raison humaine. Antérieurement au crétinisme scientifique, les enfants