Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/24

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ce matin. J’y ai dit que c’était pour se faire tirer en portrait par un grand artisse et ça lui a fichu le trac.

— Ah ! la sacrée garce ! Est-ce qu’elle va encore nous la faire à l’impératrice ? Attends un peu, je vas t’en fourrer de la dignité. Quand on n’a pas d’argent, on travaille pour en gagner et pour nourrir sa famille ; je ne connais que ça, moi !

Une rafale de silence vint couper le dialogue. Il semblait que ces deux êtres eussent peur de se refléter l’un dans l’autre, en trahissant les sales miroirs de leurs cœurs.

Chapuis se mit à bourrer sa pipe avec des gestes oratoires pendant que sa très digne femelle, toujours assise, les bras croisés et la tête légèrement inclinée sur l’épaule gauche, dans une attitude piaculaire d’hostie résignée, se tapotait du bout des doigts les os des coudes, en laissant flotter son regard dans la direction des cieux.


III


Le tabernacle était sinistre, éclairé par le livide plafond de ce ciel glacé de fin d’automne. Mais on peut supposer que le soleil rutilant des Indes l’aurait fait paraître encore plus horrible.

C’était la noire misère parisienne attifée de son mensonge, l’odieux bric-à-brac d’une ancienne aisance d’ouvriers bourgeois lentement démeublés par la noce et les fringales.

D’abord, un grand lit napoléonien qui avait pu être beau