Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/284

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


pour juger un être si exceptionnel, et il était trop en dehors de sa voie pour s’associer à son destin.

Un jour, l’une des dernières fois qu’ils se virent, Marchenoir lui dit

— Nul ne peut me sauver. Dieu lui-même, par égard pour les quartiers pauvres de son ciel, ne doit pas permettre qu’on me sauve. Il est nécessaire que je périsse dans la sorte d’ignominie dévolue aux blasphémateurs des Dieux avares et des Dieux impurs. J’entrerai dans le Paradis avec une couronne d’étrons ![1]

Paroles étonnantes qui le racontaient tout entier, ce grandiloque de boue et de flammes, et que, seul au monde, sans doute, il était capable de proférer !

Une chose à remarquer, c’était que Léopold, aussitôt après son mariage, avait subi des transformations incroyables. Ses allures, ses attitudes, son visage même, s’étaient modifiés.

Il était entré dans la vie conjugale, comme un corsaire gorgé de butin dans la boutique d’un changeur. Il avait versé là tout son bagage de monnaies étrangères et disparates, les unes tachées de rouille, les autres teintes de sang, et on lui avait donné, en retour, la quantité d’or que cela représentait, un petit fleuve d’or très pur qui ne reflétait qu’une seule image.

  1. Léon Bloy cite ce mot, parfaitement historique d’ailleurs, en vue de relever le courage d’un assez grand nombre de ses contemporains qui lui reprochent de ne pouvoir écrire deux lignes sans y insérer un peu de caca. Certain critique a eu le flair d’en découvrir jusque dans la Chevalière de la Mort !