Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/310

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nombre sur ses Diptyques. Ils ont le pouvoir, inconnu d’eux-mêmes, de circonscrire instantanément une destinée, d’accumuler, dans la pression de leur main ou dans leur baiser, tout l’éventuel et tout le possible qui s’échelonnent le long du chemin de l’individu responsable, et de faire éclater d’un coup la floraison de cette ronce de douleur. Avant de te connaître, ma Clotilde, je croyais vivre, parce qu’il me semblait que mes passions étaient quelque chose. J’étais une brute, rien de plus. Tu m’as congestionné de vie supérieure et nos trente mois heureux ne tiendraient pas dans tout un siècle. Appelles-tu cela être funeste ? Aujourd’hui nous sommes invités à monter plus haut que le bonheur. Ne crains rien, j’ai de quoi te suivre.

Clotilde lui ferma la bouche avec ses lèvres.

— Tu as raison, sans doute, mon bien-aimé. J’ai honte d’être si peu devant toi, mais puisque tu oses prétendre que j’en ai le pouvoir, je t’emprisonne volontiers dans la vie éternelle.


XIII


Il fallut croupir six mois. Il y eut d’abord le printemps qui rajeunit et dilata la pestilence, puis l’été qui la fit bouillir et l’exalta. Une végétation pisseuse, galeuse, hypocondriaque et vindicative se déclara dans le jardin, où coururent des légions d’insectes noirs. Des fleurs, autrefois semées par des mains réfractaires à toute bénédiction