Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/323

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divers bureaux parisiens, idolâtres de la nature qu’exalte l’odeur du fumier et qui combattent les hémorrhoïdes par les étapes.

À l’exception des acacias ou des platanes rôtis de l’avenue principale, on chercherait vainement un arbre honnête dans ce pays qui fut un bois. L’un des signes les plus caractéristiques du petit bourgeois, c’est la haine des arbres. Haine furieuse et vigilante qui ne peut être surpassée que par son exécration célèbre des étoiles ou de l’imparfait du subjonctif.

Il ne tolère, en frémissant de rage, que les fruitiers, ceux qui rapportent, mais à la condition que ces végétaux malheureux rampent humblement le long des murs et n’offusquent pas le potager, car le petit bourgeois aime le soleil. C’est le seul astre qu’il protège.

Léopold et Clotilde étaient là, très près du cimetière de Bagneux et ils avaient quelques mètres de terre cultivable devant leur maison. Ces deux circonstances avaient déterminé leur choix. Bien que privés d’ombre et grillés la moitié du jour, ils se réjouissaient d’un peu d’air fluide et d’un semblant de tranquillité.

Oh ! rien qu’un semblant et qui n’était pas pour durer, car ils ne se voyaient pas au bout de leurs peines et sentaient toujours sur eux la Main qui écrase.

Au début, l’entourage ne fut pas hostile. Sans doute, ils paraissaient être de très petites gens, ce que nul consistoire de larbins ou de boutiquiers ne tolère, mais il se pouvait, après tout, que ce ne fût qu’un artifice, une finesse de