Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/69

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veut ! Ah ! elles ne pleurent pas, celles-là, pour ôter leur chemise, je vous en réponds, et ce n’est pas toujours très beau ni très ragoûtant… Sans compter qu’on est embêté d’une autre manière. Vous m’avez vu tout à l’heure avec un fier imbécile. Que voulez-vous ? On finit par prendre des habitudes de cheval, à force de cultiver tous ces chameaux et, quelquefois, on tombe assez mal… Enfin, vous n’êtes plus fâchée, dites ?

Ah ! certes non, elle n’était plus fâchée, la pauvre fille, si elle avait pu l’être. Elle sentait si bien la pitié de ce brave homme qui s’accusait lui-même pour la rassurer ! Mais il ne lui laissa pas le temps d’exprimer sa reconnaissance.

— Et puis, s’il faut tout vous dire, vous étiez assez mal recommandée par l’individu qui est venu hier. Ce n’est pas votre père, n’est-ce pas ?…

— Mon père ! cria-t-elle en bondissant, lui ! le misérable !… Est-ce qu’il a osé vous le dire…

— Non, calmez-vous, il ne me l’a pas dit, mais il ne m’a pas dit, non plus, le contraire… Oui ! j’y suis. C’est le consolateur de madame votre mère. Ah ! ma pauvre enfant !… Il était très saoul, le monsieur, et sans la lettre de votre propriétaire, qui est mon vieil ami, je ne l’aurais certes pas reçu. Le drôle parlait de vous comme d’une marchandise. J’ai même cru démêler d’obscures intentions qui ne m’ont pas paru fleurer la plus fine bergamote. Il a fini par essayer de me soutirer de l’argent et je m’admire de ne l’avoir pas jeté plus rudement à la porte. Vous comprendrez, ma chère petite, que ce préambule me disposait mal à vous