Page:Bloy - Le Sang du pauvre, Stock, 1932.djvu/108

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pas les crimes qu’on ne peut pas voir. Mais je vous dis, mon très-cher frère, que vous êtes une plante et que cet assassin est votre fleur. Cela vous sera montré au Jugement d’une manière plus que terrible. Sans le savoir et sans le vouloir, chacun de nous confie son trésor d’iniquités et de turpitudes cachées à un homicide, comme un avare peureux confie son argent à un spéculateur téméraire, et, quand la guillotine fonctionne, les deux têtes tombent ensemble ! Nous sommes tous des décapités !

Il est certain que le prédicateur qui parlerait ainsi ne garderait pas longtemps sa chaire. Il est même difficile d’imaginer la rapidité de son balayage. Mais ne parlât-il qu’une seule fois, il aurait pu faire entrer une parole véritable dans des oreilles hermétiquement bouchées jusqu’alors par le cérumen onctueux d’un clergé servile, mais plein d’une pusillanime jactance, aussi incapable de réveiller les dormants que de ressusciter les morts. Dieu aidant, le picador aurait peut-être réussi à planter la banderille d’une inquiétude au flanc de quelque