Page:Bloy - Le Sang du pauvre, Stock, 1932.djvu/133

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toutes les contrées de l’Europe et ce fut la mort qu’il apporta au monde indien, dans ses mains ineffablement paternelles.

On lui changea son œuvre dès le premier jour. On fit des ténèbres avec sa lumière et quelles ténèbres ! On se soûla du sang de ces innombrables fils et ce qui restait de ce sang, ce dont les chacals et les chiens du vomissement ne voulaient plus, on le recueillit dans le creux des mains, dans des pelles de mineurs, dans des écopes de bateliers, dans les coupes de la débauche, dans les deux plateaux de la justice prostituée, dans les calices mêmes des saints autels et on l’éclaboussa de la tête aux pieds ! On contraignit cette Colombe amoureuse à piétiner, ainsi qu’un corbeau, dans le pourrissoir des assassinés. L’orgie des avares et des sanguinaires enveloppa la montagne de son sourcilleux esprit comme d’un tourbillon de tempêtes, et ce fut la solitude la plus inouïe sur cet amoncellement de douleurs !

Christophe Colomb avait demandé qu’aucun Espagnol ne pût aborder aux terres nouvelles,