Page:Bloy - Le Sang du pauvre, Stock, 1932.djvu/148

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dire. S’il y a litige, — ce qui n’est guère à craindre avec les pauvres — le juge de paix, toujours fidèle à sa mission, tranche la poire du côté du mufle, et la société triomphe[1].

Je connais des souffrants, des rêveurs qui disent que, pourtant, chaque homme devrait avoir son toit et, peut-être aussi, la terre étant si vaste, un modeste champ à cultiver. Ces braves gens ne connaissent pas la science éco-

  1. Il y a deux ans, exactement le 9 Novembre 1907, la Chambre syndicale des propriétés immobilières de la Ville de Paris, faisant appel aux artistes (!) mettait au concours « la composition d’un diplôme et d’une médaille ou plaquette » (!) à décerner comme récompense aux locataires, aux concierges méritants (!!), etc., en général à tous ceux qui auraient rendu service aux propriétaires (!!!). Le cynisme de ce boniment imprimé, envoyé à tous les artistes, était inouï. Qu’on en juge par ces quelques lignes : « La matière n’est pas ingrate à traiter, car la Propriété représente ce qu’il y a de plus noble dans ce monde : le TRAVAIL (!!!!!) l’Économie, la Prévoyance, la Construction, avec tous les arts qui l’embellissent : Architecture, Sculpture, Peinture, etc. Le champ est vaste et l’imagination des concurrents qui prendront part à ce tournoi artistique (!) n’aura que l’embarras du choix pour les figures et attributs… etc. »

    J’ignore ce qu’il est advenu de cette farce. Je doute qu’il se soit rencontré un artiste ou soi-disant artiste assez atteint de paralysie générale pour concourir. Mais il me semble que l’insolence dans la sottise ne pourra jamais aller plus loin.