Page:Bloy - Le Sang du pauvre, Stock, 1932.djvu/161

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cieuses croûtes que tu dédaignes, si les chiens ont eu la bonté de leur en laisser. Mais cela, on ne te le dira pas, parce que cela te dégoûterait, mon cher ange.

On ne te dira pas non plus que ces misérables enfants qui te ressemblent si peu, ont été mis dans la rue par toi ou du moins pour toi et en ton nom, car tu étais leur Propriétaire, et que la jolie tasse où tu bois ton chocolat représente beaucoup plus que le prix de l’humble table de famille où ils prenaient les repas de chaque jour avec leurs parents quand tu n’avais pas fait vendre leur mobilier. Il est même probable qu’on ne te le dira jamais. À quoi bon ces répugnantes idées qui ne sont pas pour toi ? Ils riraient bien, ton tuteur et le gros notaire, si on leur disait à eux-mêmes qu’il y a peut-être une malédiction dans chacun des plis de tes rideaux qu’à eux deux ils mettent sur toi un toi un tombeau lourd que les pyramides du désert !

C’est ainsi que les lois humaines, échos effrayants de la Justice de Dieu, font payer aux enfants des riches les iniquités de leurs pères.