Page:Bloy - Le Sang du pauvre, Stock, 1932.djvu/229

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ment investi de l’enseignement des nations a dit que l’avarice est l’Idolâtrie même. L’Esprit-Saint qui parlait en lui nous a laissés sur le bord de ce gouffre où nul ne peut descendre. L’Avarice qui tue le pauvre est inexplicable autant que l’Idolâtrie. Or l’Idolâtrie, je l’ai dit ailleurs, c’est de substituer le Visible à l’Invisible, ce qui est bien certainement le plus monstrueux, le plus incompréhensible des attentats.

Sans doute l’avare moderne, propriétaire commerçant ou industriel, n’adore pas des sacs d’écus ou des liasses de billets de banque dans une petite chapelle et sur un petit autel. Il ne s’agenouille pas devant ces dépouilles des autres hommes et ne leur adresse pas des prières ou des cantiques dans l’odorante fumée d’un encensoir. Mais il proclame que l’argent est l’unique bien et il lui donne toute son âme. Culte sincère, sans hypocrisie, sans lassitude, sans reniement. S’il dit, dans la bassesse de son cœur et de son langage, qu’il aime l’argent pour les délices qu’il procure, il ment ou il se trompe lui-même horriblement, cette affirma-