Page:Boccace - Décaméron.djvu/173

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même quand il voudrait, il ne pourrait ni ne saurait le redire. Tu vois que c’est un jeune sot, vigoureux plutôt qu’intelligent. Volontiers j’écouterai ce qu’il t’en semble. — » « — Hélas ! — dit l’autre — qu’est-ce que tu dis ? Ne sais-tu pas que nous avons promis notre virginité à Dieu ? — » « — Oh ! — dit la première — combien de choses on lui promet tout le long du jour, dont on ne tient aucune ! si nous la lui avons promise, que les autres la tiennent. — » À quoi sa compagne dit : « — Et si nous devenions grosses, comment ferions-nous ? — » L’autre dit alors : « — Tu commences à penser au mal avant qu’il arrive. Quand il sera venu, alors on y pensera. Il y aura mille moyens de faire que cela ne se sache jamais, pourvu que nous ne le disions pas nous-mêmes. — » Entendant cela, l’autre, qui avait meilleure envie que sa compagne d’éprouver quelle bête c’était que l’homme, dit : « — Or bien, comment ferons-nous ? — » À quoi la première répondit : « — Tu vois que c’est l’heure de none ; je crois que les sœurs sont toutes endormies, excepté nous. Regardons par le jardin s’il n’y a personne, et nous n’aurons plus autre chose à faire qu’à le prendre par la main et le mener dans cette cabane où il se met à l’abri de la pluie ; et là l’une se tiendra avec lui et l’autre fera la garde. Il est si niais, qu’il fera comme nous voudrons. — » Masetto entendait toute cette conversation, et, disposé à obéir, n’attendait plus que d’être pris par l’une d’elles. Les jeunes nonnes ayant bien regardé partout, et s’étant assurées que d’aucun côté elles ne pouvaient être vues, celle qui avait pris d’abord la parole, s’approcha de Masetto et le réveilla ; aussitôt, il se leva tout debout. Sur quoi, lui prenant la main avec des airs engageants, et tandis qu’il riait d’un air niais, elle le mena dans la cabane où, sans se faire trop inviter, il fit ce qu’elle voulut. La nonne en loyale compagne, ayant eu ce qu’elle désirait, céda la place à l’autre, et Masetto se montrant toujours aussi simple, fit encore à leur volonté. Pour quoi, avant qu’elles s’en allassent, elles voulurent éprouver chacune plus d’une fois comment le muet savait chevaucher. Et depuis, causant souvent entre elles, elles disaient que c’était bien la plus douce chose dont elles eussent entendu parler : et prenant le temps à heure convenable, elles s’en allaient s’ébattre avec le muet.

« Il advint un jour qu’une de leurs compagnes, s’étant aperçue de la chose par la fenêtre de sa cellule, le fit remarquer à deux autres. Toutes trois délibérèrent tout d’abord d’aller le dénoncer à l’abbesse ; mais bientôt, changeant d’avis, elles s’accordèrent avec leurs compagnes pour éprouver elles aussi la puissance de Masetto. Au bout d’un certain temps, par suite de divers incidents, les trois autres nonnes vinrent