Page:Boccace - Décaméron.djvu/261

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rière lui, à leur couvent, où il fut mis en prison, et où l’on croit qu’il mourut après avoir mené une vie misérable. C’est ainsi que tenu pour saint et faisant le mal sans qu’on le crût, il osa se faire passer pour l’ange Gabriel, et déguisé en homme sauvage, il finit par être vitupéré, comme il l’avait mérité, et pendant longtemps pleura en vain ses péchés. Plaise à Dieu qu’à tous les autres il puisse en arriver ainsi. — »



NOUVELLE III


Trois jouvenceaux aiment trois sœurs et s’enfuient avec elles en Crète. L’aînée tue son amant par jalousie ; la seconde lui sauve la vie en couchant avec le duc de Crète. Son amant l’ayant su, la tue et s’enfuit avec la sœur aînée. Le troisième amant et la troisième sœur sont accusés du meurtre ; ils sont mis en prison, corrompent le gardien et se sauvent à Rhodes, ils meurent dans la misère.


Philostrate, ayant entendu la fin de la nouvelle de Pampinea, resta quelque temps silencieux, puis dit en se tournant vers elle : « — Il y a eu un peu de bon, et cela m’a plu, à la fin de votre nouvelle ; mais auparavant, il y a eu trop à rire, ce que j’aurais voulu n’y point voir. — » Puis s’étant tourné vers la Lauretta, il dit : « — Madame, continuez avec une meilleure, si cela se peut. — » La Lauretta dit en riant : « Vous êtes trop cruel envers les amants si vous désirez uniquement qu’ils aient une fin malheureuse. Moi, pour vous obéir, je conterai une nouvelle au sujet de trois amants qui finirent également mal après avoir peu joui de leur amour. — » Et ayant ainsi dit, elle commença : « — Jeunes dames, comme vous pouvez clairement le reconnaître, tout vice peut tourner au plus grand dommage de celui qui en use, et souvent au dommage d’autrui ; et parmi tous les autres vices, il me semble que celui qui nous jette dans les périls à rênes abandonnées, c’est la colère, laquelle n’est pas autre chose qu’un mouvement soudain et inconsidéré, mu par sentiment de tristesse qui chasse toute raison, et ayant aveuglé de ténèbres les yeux de l’esprit, allume notre âme d’une immense fureur. Et bien que cela arrive souvent chez les hommes, et plus souvent chez les uns que chez les autres, néanmoins ce vice s’est vu aussi avec de plus grands dommages chez les femmes, pour ce que les soupçons s’allument plus facilement chez elles, y brûlent d’une plus vive flamme et les émeuvent avec moins de retenue. Et il n’y a rien d’étonnant à cela, car, si nous voulons regarder, nous voyons que de sa nature le feu prend plus vite aux choses légères et