Page:Boccace - Décaméron.djvu/328

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de faire ce que voulait messer Lizio, afin qu’ils pussent avoir, tous deux longtemps et sans crainte de pareilles nuits. Mais il ne fut pas besoin en cela de trop de prières, pour ce que d’une part la honte de la faute commise et le désir de la racheter, et d’autre part la peur de mourir et l’envie d’échapper sain et sauf, enfin l’ardent amour et le désir de posséder l’objet aimé, firent dire à Ricciardo librement et sans hésitation qu’il était prêt à faire ce qu’il plairait à messer Lizio. Pour quoi, messer Lizio s’étant fait prêter par madame Giacomina un de ses anneaux, Ricciardo épousa en leur présence la Caterina, sans bouger de l’endroit même. La chose faite, messer Lizio et la dame s’en allèrent en disant : « — Maintenant reposez-vous, car vous en avez probablement plus besoin que de vous lever. — »

« Eux partis, les jeunes gens s’embrassèrent de nouveau, et n’ayant pas cheminé plus de six milles pendant la nuit, ils fournirent encore deux milles avant de se lever, et mirent ainsi fin à la première journée. Puis, s’étant levés, et Ricciardo s’étant entretenu plus longuement avec messer Lizio, quelques jours après, comme il convenait, en présence des amis et des parents, il épousa de nouveau la jeune fille et la conduisit à sa maison en grande fête. Et par la suite, il oisela longuement avec elle aux rossignols, en paix et à son grand contentement, de nuit et de jour, comme il lui plut. — »



NOUVELLE V


Guidotto da Cremona laisse à Giacomino da Pavia une petite fille et meurt. Celle-ci devenue grande et demeurant à Faenza, est aimée par Giannole di Severino, et Minghino di Mingolo qui se la disputent. La jeune fille est reconnue pour être la sœur de Giannole, et épouse Minghino.


Les dames, en écoutant la nouvelle du rossignol, avaient tant ri, qu’elles ne pouvaient se retenir de rire encore, bien que Philostrate se fût arrêté de conter. Mais pourtant, quand elles eurent assez ri, la reine dit : « — En vérité, si tu nous as attristées hier, tu nous as aujourd’hui tellement fait rire, qu’il serait injuste de te rien reprocher. — » Puis adressant la parole à Néiphile, elle lui ordonna de raconter. Celle-ci commença joyeusement ainsi : « — Puisque Philostrate est entré en devisant dans la Romagne, il me plaît pareillement à moi aussi de m’y promener un peu en vous contant ma nouvelle. — »

« Je dis donc que jadis en la cité de Fano habitaient deux