Page:Boccace - Décaméron.djvu/37

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comme chacun se taisait, elle dit : « — Afin que, la première, je vous donne à tous l’exemple de l’ordre, grâce auquel, allant toujours de mieux en mieux, notre société, à notre grand plaisir et sans nulle honte, pourra vivre et durer tant que cela nous conviendra, j’institue Parmenon, domestique de Dioneo, mon sénéchal, et je lui commets le soin et la direction de toute notre maison, ainsi que le service qui regarde la salle à manger. J’entends que Sirisco, domestique de Pamphile, soit notre pourvoyeur et trésorier et qu’il suive les ordres de Parmenon. Pour Tindaro, il sera au service de Philostrate et des deux autres hommes ; il prendra soin de leurs chambres, lorsque ses camarades, empêchés par leur service, ne pourront le faire. Misia, ma servante, et Lisisca, servante de Philomène, se tiendront constamment à la cuisine et apprêteront avec diligence les provisions qui leur seront fournies par Parmenon. Chimera, servante de Lauretta, et Stratilia, servante de Fiammetta, auront soin des chambres des dames et entretiendront en état de propreté les endroits où nous nous tiendrons. Mandons et ordonnons en outre à chacun s’il veut avoir notre faveur pour chère, de se donner de garde, où qu’il aille, d’où qu’il revienne, quoi qu’il entende ou qu’il voie, de nous apporter aucune nouvelle du dehors autre que nouvelle joyeuse. — » Ces ordres donnés sommairement et approuvés par tous, elle se leva gaîment et dit : « — Là sont les jardins, là sont les prés ; ici nombre d’endroits charmants où chacun est libre d’aller selon son plaisir ; mais quand trois heures sonneront, que tous soient ici, pour manger à la fraîche. — »

Licence lui ayant été donnée par la nouvelle reine, la joyeuse compagnie des jeunes gens mêlés aux belles dames s’engagea à pas lents dans un jardin, s’entretenant des choses agréables, tressant des guirlandes de feuillage de toutes sortes, et chantant des refrains amoureux. Quand ils furent restés le temps que la reine leur avait accordé, ils revinrent à la maison. Là il virent que Parmenon avait soigneusement commencé son office, car, entrés dans une salle du rez-de-chaussée, ils trouvèrent les tables mises, avec des nappes éblouissantes de blancheur et des verres qui brillaient comme de l’argent, le tout couvert de fleurs de genêt. Pour quoi, après s’être lavé les mains, ils allèrent tous, avec l’assentiment de la reine, s’asseoir chacun à la place que Parmenon avait marquée. Puis vinrent les mets délicats et les vins les plus fins, et, sans plus attendre, les trois serviteurs se mirent à servir les tables. Toutes ces choses si belles et si bien ordonnées réjouirent les convives, et tous mangèrent au milieu de joyeux propos et d’un air de fête. Les tables levées, comme il se trouvait que toutes les dames,