Page:Boccace - Décaméron.djvu/479

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« La servante fit la commission bien et en diligence ; ce qu’oyant l’écolier, il dit en soi-même tout joyeux : « — Dieu, sois loué ; le temps est venu où, avec ton aide, je châtierai la méchante femme de l’injure qu’elle m’a faite pour prix du grand amour que je lui portais. — » Et il dit à la servante : « — Tu diras à ma dame qu’elle ne soit point en peine à ce sujet, car, son amant fût-il dans l’Inde, je l’en ferai promptement venir et demander pardon de ce qu’il lui a fait contre son plaisir ; mais quant au moyen qu’elle aura à employer pour cela, j’entends le lui dire à elle quand et où cela lui plaira. Dis-lui donc ainsi, et réconforte-la de ma part. — » La servante fit la réponse et arrangea tout pour qu’ils pussent se trouver ensemble dans Santa Lucia del Prato. La dame et l’écolier y étant allés, la dame, ne se rappelant plus qu’elle l’avait conduit quasi à la mort, lui dit ouvertement son cas et ce qu’elle désirait, et le pria de la sauver. À quoi l’écolier dit : « — Madame, il est vrai que parmi les autres choses que j’ai apprises à Paris se trouve la nécromancie, dont je sais à coup sûr tout ce qu’on peut en savoir, mais pour ce qu’elle déplaît grandement à Dieu, j’avais juré de ne jamais m’en servir ni pour moi ni pour autrui. Il est vrai que l’amour que je vous porte est d’une telle force, que je ne saurais rien vous refuser de ce que vous voudriez que je fisse ; et pour ce, quand même je voudrais pour cela seul aller en la demeure du diable, je suis prêt à le faire, puisque cela vous plaît. Mais je vous rappellerai que la chose est plus malaisée à faire que vous ne vous l’êtes peut-être imaginée, surtout quand une femme veut ramener un homme à l’aimer et réciproquement quand l’homme veut ramener une femme, pour ce que cela ne se peut faire que par la personne intéressée, et que celui ou celle qui le fait doit être d’un grand courage, car il faut le faire de nuit, en des lieux solitaires et sans compagnie aucune, lesquelles choses, je ne sais si vous êtes disposée à les faire. — » À quoi la dame plus énamourée que sage, répondit : « — Amour m’éperonne d’une telle façon, qu’il n’est rien que je ne fisse pour ravoir celui qui m’a injustement abandonnée ; mais cependant si cela te plaît, indique-moi en quoi il faut que je me montre courageuse. — »

« L’écolier qui avait la queue marquée d’un mauvais poil, dit : « — Madame, il faudra que je fasse une image d’étain au nom de celui que vous désirez reconquérir ; quand je vous l’aurai envoyée, il faudra, la lune étant fortement en décroissance, que vous descendiez nue en un ruisseau d’eau courante, toute seule, à l’heure du premier sommeil, vous vous baignerez sept fois avec cette image ;