Page:Boccace - Décaméron.djvu/591

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signes d’un grand mieux se manifestèrent dans son état ; et sans que personne dans la maison sût ou présumât quoi que ce soit, elle se mit à attendre en un grand désir l’heure de vesprée, à laquelle son seigneur devait venir la voir.

« Le roi qui était un seigneur libéral et bon ; après avoir plus d’une fois pensé à ce que Minuccio lui avait dit, et connaissant très bien la jouvencelle et quelle était sa beauté, en eut encore plus compassion, et étant monté à cheval sur l’heure de vesprée et feignant de sortir pour se promener, il se rendit à l’endroit où était située la maison de l’apothicaire. Là, ayant demandé qu’on lui ouvrît la porte d’un très beau jardin que l’apothicaire possédait, il y descendit et au bout d’un moment demanda à Bernardo des nouvelles de sa fille, et s’il ne l’avait point encore mariée. Bernardo répondit : « — Mon Seigneur, elle n’est point mariée ; elle a été au contraire et elle est encore bien malade ; il est vrai que depuis ce matin neuf heures elle va admirablement mieux. — » Le roi comprit parfaitement ce que ce mieux signifiait et dit : « — En bonne foi, ce serait dommage qu’une si belle créature fût si tôt enlevée de ce monde ; nous voulons aller la voir. — » Et suivi de deux de ses gentilshommes seulement et de Bernardo, il se rendit peu d’instants après dans la chambre de la jeune fille. Dès qu’il y fut entré, il s’approcha du lit où la jeune fille, s’étant un peu soulevée, l’attendait en grand désir, et la prenant par la main, il dit : « — Madame, que veut dire ceci ? Vous êtes jeune et vous devriez réconforter les autres, et vous vous laissez vaincre par le mal. Nous voulons vous prier de consentir, pour l’amour de nous, à vous réconforter de façon à être promptement guérie. — »

« La jeune fille se sentant toucher les mains par celui qu’elle aimait par-dessus toutes choses, bien qu’elle rougît un peu, éprouvait dans l’âme un aussi grand plaisir que si elle eût été en paradis ; et comme elle put, elle répondit : « — Mon Seigneur, c’est d’avoir voulu soumettre mon peu de force à un poids trop lourd que m’est venue cette maladie, dont vous me verrez bientôt guérie, grâce à vous. — » Seul le roi comprenait le langage couvert de la jeune fille, et il l’en estimait toujours davantage, maudissant plus d’une fois en lui-même la fortune qui l’avait faite la fille d’un tel homme. Enfin, après être demeuré quelque temps auprès d’elle et l’avoir encore encouragée, il partit.

« Cette humanité du roi fut beaucoup louée et réputée comme un grand honneur pour l’apothicaire et sa fille. Celle-ci était restée si contente, que jamais dame ne le fut autant de son amant, et, soutenue par un meilleur espoir, elle fut en peu de jours guérie et redevint plus belle que jamais. Quand elle fat guérie, le roi, après avoir délibéré avec la reine quelle