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LE DÉCAMÉRON.

je vous dis, vous ne voudrez pas, sur les instances de ces méchants hommes, me torturer et me mettre à mort. — »

« Pendant que les choses en étaient à ce point, Marchese et Stecchi, qui avaient appris que le juge du podestat procédait sérieusement contre lui et l’avait déjà mis à l’estrapade, furent pris de grande peur et se dirent : « — Nous avons mal fait ; nous l’avons tiré de la poêle, pour le jeter dans le feu. » Pour quoi, ayant cherché avec sollicitude partout, et ayant réussi à retrouver leur hôtelier, ils lui contèrent l’aventure. De quoi celui-ci riant beaucoup, les mena à un certain Sandro Agolanti qui habitait Trévise et avait grand crédit auprès du gouverneur, et lui ayant dit en détail tout ce qu’il en était, il se joignit à eux pour le prier de s’occuper des intérêts de Martellino. Sandro, après avoir bien ri, s’en alla trouver le gouverneur et demanda qu’on fit venir Martellino, ce qui fut fait. Ceux qui allèrent le chercher, le trouvèrent encore en chemise devant le juge, fort ému et ayant grand peur, pour ce que le juge ne voulait entendre aucune raison. Au contraire, ayant par aventure les Florentins en haine, il était tout disposé à le faire pendre, et ne voulait pas, tout d’abord, le céder au gouverneur ; il ne le fit que contraint et à contre cœur. Lorsque Martellino fut devant le gouverneur, et après qu’il lui eût tout dit, il le pria pour grande grâce de le laisser aller, car avant qu’il ne fût de retour à Florence, il lui semblerait toujours avoir la corde au cou. Le gouverneur rit beaucoup de cette aventure, et fit donner un vêtement à chacun de trois compagnons ; après quoi ils s’en retournèrent chez eux sains et saufs, sortis, contre toute espérance, d’un si grand péril. — »



NOUVELLE II

Renauld d’Asti, ayant été dévalisé, arrive à Castel-Guiglielmo où il reçoit l’hospitalité d’une dame veuve. Après avoir été dédommagé de toutes ses pertes, il retourne chez lui sain et sauf.


Les dames rirent sans mesure des infortunes de Martellino racontées par Néiphile, et, parmi les jeunes gens, ce fut Philostrate qui rit le plus. Comme il était assis près de Néiphile, la reine lui ordonna de conter après elle. Sans aucun retard, il commença ainsi : « — Belles dames, il faut que je vous conte une nouvelle où les choses de la religion seront en partie mêlées à des mésaventures ainsi qu’à des scènes d’amour, et qui certainement ne pourra qu’être avan-