Page:Bonnecorse - Lutrigot, 1686.djvu/24

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Ou de le conseiller, ou bien de le reprendre,
À cet autheur sçavant tout doit être permis,
Il ne s’amuse point à croire ses amis,
Il ne peut se tromper, à bon droit il lui semble
Qu’il en sçait plus lui seul que tout le monde ensemble.
Ce qu’ont pensé de beau les plus rares esprits
Se trouve bien ou mal dans ses charmans escrits.
Ce genie éclairé penetre la nature,
En sage misantrope il condamne, il censure,
Il connoît l’homme à fond, il en dit mille maux,
Il le croit le plus sot de tous les animaux,
Il dit tout ce qu’il pense, et ne peut se contraindre,
Il a sceu l’art de plaire, et de se faire craindre,
Il est en prose, en vers, le docteur des docteurs,
La gloire de son siecle, et l’effroi des autheurs.
Siecle heureux garde toi d’attirer sa colere,
Il t’a promit, dit-on, d’être un peu moins severe,
Conserve par tes soins le bien dont tu joüis,
Lutrigot te fait grace en faveur de Louis.

Garrine alloit poursuivre, et le prudent Rigelle
Se plaisoit au recit de ce censeur fidelle ;
Mais à quelques pas d’eux ils oüirent parler
Deux hommes disposez à s’entrequereller,
Et Garrine à ce bruit obligé de se taire,
Reconnut Lutrigot, et Garbin le libraire.
Ils s’aprochent tous deux, et pretendent sçavoir
Quel sujet de debat a pû les émouvoir.
À l’instant Lutrigot devenant plus affable,
J’ai trouvé, leur dit-il, un esprit intraitable,
Mon lutrin l’épouvente, et ce libraire altier
Craint d’y perdre ses soins, son encre, et son papier ;
Cependant tout y brille avec tant d’avantage
Qu’on sera dans l’extase en lisant cet ouvrage.
Je sçai, repart Garbin, que les autheurs souvent
Promettent des monts d’or, et nous donnent du vent.
Vous nous vantez ici vôtre poëme epique,
Que n’avez-vous pas dit de vôtre poëtique ?
Et de vôtre longin, ce sublime traité