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CHAPITRE VIII

tion qui fut gratifiée d’une subvention de 60.000 francs. Une véritable aubaine, entre temps, avait permis aux courageux artistes de se remettre à flot. L’Assemblée nationale, désireuse de réparer le préjudice causé aux théâtres par la Révolution, décida sur la proposition du ministre de l’Intérieur, Sénard, de répartir entre eux une somme de 680.000 francs. L’Odéon reçut 45.000 francs ; cet appoint permit de liquider le passé et put permettre à Mauzin d’envisager courageusement l’avenir. Malheureusement, le brave homme ne sut pas éviter la discorde entre les membres de l’éphémère société qui fut condamnée à la dissolution dès le 1er avril 1849.

Habile à pêcher en eau trouble, notre Bocage national reparut alors à la surface, et, pour la seconde fois, obtint le privilège du second Théâtre Français. Le gouvernement devait bien une compensation au candidat mis doublement en échec à Rouen et à Paris lors des dernières élections législatives. Privé d’un siège de député, Bocage entreprit de convertir l’Odéon en tribune politique. Sa morgue ne connut plus de bornes après l’immense succès de François le Champi de George Sand ; républicain convaincu et farouche, il ne manqua aucune occasion de faire parade de ses principes à l’encontre même de ses intérêts. Le jour anniversaire de la République, le 4 mai, il demanda au ministre l’autorisation de donner une représentation gratuite. Celle-ci lui ayant été refusée, il n’hésita pas à tourner la défense en répandant un peu partout aux alentours du théâtre des billets à droit et à prix très réduit. Naturellement, le public accueillit avec enthousiasme l’innovation et vint en foule applaudir bruyamment Planète et Satellites, François le Champi et les hymnes chers aux républicains la Marseillaise, le Chant du Départ, les Girondins entonnés pendant les entr’actes. Le commissaire du gouvernement adressa au ministre Baroche un rap-