Page:Boucher de Perthes - Voyage à Aix-Savoie, Turin, Milan, retour par la Suisse.djvu/151

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Nous entrons à Rorschach où je dois passer la nuit. C’est un bourg de mille sept cent cinquante habitants, très-commerçant, dit-on, mais dont l’aspect fait d’abord un fâcheux contraste avec Saint-Gall qui est si riant.

Je descends à l’hôtel de la Poste où je ne vois qu’une vieille servante qui me rit au nez quand je lui demande quelque chose, et qui ne m’apporte rien. Enfin paraît le valet de salle, et je puis me faire servir à dîner, ce qui n’est pas toujours facile en Suisse lorsqu’on arrive après l’heure de la table d’hôte. Mais ce qui y console assez ordinairement d’un mauvais menu, c’est un vin toujours potable et souvent fort bon. Celui-ci était excellent. Quant au dîner, vu l’absence du cuisinier ou de celle de vivres, il consistait en une côtelette de veau battue et amincie, dite à la milanaise, et un poisson du lac, plus deux journaux en place de dessert.

Je passe une nuit assez agitée. Le vent soufflait, la pluie battait mes fenêtres, ce qui me contrariait fort, car je devais m’embarquer à huit heures pour gagner Constance : or, les lacs ne sont pas agréables quand il pleut et vente, et qu’il faut, tous les quarts-d’heure, mettre en panne devant une station, au risque de faire côte, désagrément qu’on peut craindre à la mer, mais beaucoup moins souvent.

Je déjeûne avec du café et du beurre excellent, plus un miel fort appétissant, qu’on sert souvent en Suisse et qu’on présente dans ses rayons, ce qui donne la certitude qu’il n’est pas sophistiqué.

Pendant que je déjeûnais, deux flâneurs du pays sont venus s’attabler près de moi pour boire une bouteille de vin. Vu l’heure matinale, je pris cela pour un prétexte