Page:Boucher de Perthes - Voyage à Aix-Savoie, Turin, Milan, retour par la Suisse.djvu/214

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réunie à grands frais, et celle des fossiles du Jura qu’à mon grand regret je n’ai pas eu le temps d’étudier.

Soleure, anciennement ville forte, l’est encore aujourd’hui, mais seulement pour le coup-d’œil et pour son agrément. Au fait, à quoi bon les fortifications de nos jours, puisque dans un temps donné on est sûr de prendre les villes ? — Elles servent à retarder l’ennemi, répondra-t-on. — Non ; car lorsqu’il est pressé, il tourne la ville forte et la laisse derrière.

Au-dessus de ces fortifications, je remarque un mont qui est couvert de vignes presque jusqu’à sa cime. À la bonne heure, voici une vraie défense ! En 1791, ce sont les vignes qui ont arrêté l’invasion et défendu la Champagne contre les Prussiens décimés par le raisin vert et la colique.

Nous passons deux stations : Selzach, bourg au pied du Mont-Weissenstein, et Grenchen, petite ville de seize cents âmes, près de laquelle sont des bains. La vue est toujours admirable. La neige du Mont-Blanc et du Mont-Rosa, que l’on voit à gauche, semble dorée : c’est l’effet des derniers rayons du soleil couchant.

Bientôt la vallée se resserre ; des collines s’élèvent à gauche et nous cachent le Mont-Blanc. Une dernière station, Pieterlen, nous conduit à Bienne où j’arrive à sept heures.

Descendu à l’hôtel de la Couronne, mon premier soin fut de demander si le commandant Scholl était à Bienne. Son absence m’aurait fort désappointé, car c’était surtout pour lui que j’y venais. J’apprends de mon hôtesse la haute considération qui entourait ce digne homme appartenant à une des familles nobles les plus anciennes