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II

UN GRAVE REPROCHE


Certains éléments de faiblesse que l’on remarque chez les Canadiens-français d’aujourd’hui.


Nous sommes de ceux qui croient que les Canadiens-français ont un rôle utile et important à remplir sur ce continent. Cette opinion n’est pas basée sur la sympathie nationale mais sur les faits et la raison. Sans parler des qualités intellectuelles et physiques de ce peuple, sans parler de sa croissance numérique si rapide que, d’après M. Benjamin Sulte, sa population serait d’environ douze millions dans cinquante ans d’ici, c’est-à-dire à une époque que les plus jeunes d’entre nous pourront voir, ils ont, ce qui est un appoint énorme au point de vue de la prospérité publique, une position géographique exceptionnellement favorable. Le Saint-Laurent depuis les grands lacs jusqu’à son embouchure, le golfe avec ses ports nombreux, Québec, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, le Cap-Breton ; on conviendra que cette région est véritablement la clef commerciale du continent Nord-américain, et l’élément français y domine par le nombre. Or, l’influence de l’élément français dans ces pays — nous entendons l’influence intellectuelle, commerciale, industrielle, financière, toute influence qui implique une supériorité économique — n’est pas égale au chiffre de la population. Il est certain, au contraire, que cette influence est inférieure à ce qu’elle devrait être, et même sous certains rapports à ce qu’elle était autrefois. sont les industriels, les armateurs et surtout les ingénieurs Canadiens-français ? Qui construit et exploite les chemins de fers dont le pays est sillonné et pour lesquels nous avons fourni l’argent ? Les noms Canadiens-français figurent en bien petit nombre sur les listes d’actionnaires, de gérants et d’employés. Qui exploite les forêts, la source principale de notre richesse, et que nous sommes si fortement intéressés à ne pas voir tarir ? Ici encore l’élément français est en minorité tandis qu’il devrait constituer l’immense majorité en tenant compte de sa force numérique. Il en est de même pour les mines, les pêcheries et toutes les autres branches de l’industrie. Les quelques Canadiens-français que l’on rencontre dans les entreprises industrielles sont d’honorables exceptions qui ont su se faire jour malgré des difficultés vraiment exceptionnelles et qui servent à prouver ce que pourraient faire les Canadiens d’origine française s’ils savaient vouloir énergiquement la prospérité industrielle.

Les Canadiens-français eux-mêmes se plaignent de leur infériorité sous ce rapport. Quelle en est la cause ? D’aucuns ont cru la trouver dans leur inaptitude au commerce, dans leur manque de capitaux, dans des événements et des circonstances