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I

L’ŒUVRE DES COLLÈGES.


Nos hommes publics y puisèrent le germe des saines idées constitutionnelles.


L’instruction publique fut véritablement l’égide des libertés canadiennes. C’est à elle que nous devons notre place au soleil. Grâce à Meilleur, à Chauveau, à plusieurs autres compatriotes éminents, nous savons ce qu’il en coûta d’efforts aux Canadiens-français pour devenir ce qu’ils sont aujourd’hui et notre jeunesse connaît les noms et la vie de cette phalange de patriotes courageux qui se consacra avec succès à l’apostolat de l’instruction. Ils nous montrent ce peuple à son berceau, dont le rôle ne consiste d’abord qu’à grandir et à se développer, devenir dans ses générations successives la nation bien distincte qu’elle était lors de la cession de ce pays à la Grande-Bretagne et qu’elle est encore aujourd’hui. Française par le sang, la langue et le génie, mais d’un physique plus puissant, d’un caractère plus grave, portant sur son front la trace des difficultés surmontées.

Et quand vient une crise suprême ; quand, vaincue dans une lutte héroïque, pillée et trahie par le concussionnaire Bigot, livrée par la cour de France à une puissance qui devait dans la suite lui devenir propice, mais qui lui était alors étrangère, elle semblerait devoir périr, nous la voyons encore voguer sereine dans la tempête, les yeux toujours fixés sur le phare éblouissant des peuples, l’Éducation, phare érigé pour elle par son clergé national. Telle est l’épopée que nous tracent les historiens, démonstration éclatante de cette vérité qu’un peuple ne meurt point lorsqu’il est vraiment éclairé et qu’en dernière analyse, comme le dit Gambetta, même dans les conflits de la force matérielle, c’est l’intelligence qui finit par rester maître.

Dans les années qui suivirent la cession, nous voyons en effet surgir de toutes parts sous l’effort énergique du clergé, des collèges et autres institutions enseignantes. Les séminaires de Québec et de Montréal, qui existaient déjà, furent organisés sur un pied de plus grande efficacité, les collèges de Nicolet, Saint-Hyacinthe, Sainte-Thérèse, Chambly, Sainte-Anne et autres, sans parler de plusieurs institutions de moindre importance, et surtout, des couvents, furent fondés. Cette énumération suffira pour faire comprendre l’élan que l’on donnait alors à l’instruction secondaire, instruction qui, à cette époque, pouvait à juste titre être qualifiée de supérieure.

Quant à l’instruction primaire, il est difficile de concevoir aujourd’hui l’état de choses qui existait à cette époque. Sans doute, les Canadiens-français ne furent jamais un peuple ignorant. « Grâce, dit le Dr Meilleur, aux sacrifices généreux, aux efforts cons-