Page:Bouglé - Essais sur le régime des castes.djvu/35

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des obstacles analogues ? Ou au contraire y verrons-nous enfin, librement épanouies, en pleine terre, ses trois tendances essentielles ?

Nous constaterons d’abord que nulle part la spécialisation n’est poussée plus loin qu’en Inde. Certes, les métiers différenciés y sont moins nombreux que dans notre civilisation contemporaine. Pour qu’une société compte plus de dix mille professions et voie leur nombre s’accroître de plus de quatre mille en treize ans[1], il faut qu’elle possède une industrie « scientifique », seule capable de multiplier et de varier, en même temps que les besoins, les moyens de production. L’Inde, tant qu’elle est restée livrée à elle-même, n’a pas connu ces progrès.

Mais si ses procédés de production sont demeurés relativement simples, au moins a-t-elle autant que possible divisé les tâches entre des corps différents. On n’a, pour s’en rendre compte, qu’à relever le nombre des sous-groupes dont chacun des grands groupes professionnels est composé. C’est ainsi que l’on distinguera 6 castes de commerçants, 3 de scribes, 40 de paysans, 24 de journaliers, 9 de pasteurs et chasseurs, 14 de pêcheurs et mariniers, 12 d’artisans divers, charpentiers, forgerons, orfèvres, potiers, 13 de tisserands, 13 de fabricants de liqueurs, 11 de domestiques[2]. Et sans doute, ces subdivisions internes ne correspondent pas toutes à des distinctions professionnelles. Mais, dans nombre de cas, ce qui distingue une caste de ses congénères, c’est qu’elle s’abstient de certains procédés, n’utilise pas les mêmes matériaux, ne façonne pas les mêmes produits.

Dans les légendes bouddhiques, on distingue les différentes castes de pêcheurs d’après les instruments dont elles se servent, ou d’après les poissons qu’elles pêchent[3].

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