Page:Bourgeois - Le mystérieux Monsieur de l'Aigle, 1928.djvu/54

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
52
le mystérieux monsieur de l’aigle
Book important2.svg Les corrections sont expliquées en page de discussion

Loup, hier, et j’en ai profité pour t’acheter quelques petites choses, dont tu as souvent besoin aussi.

— Ce disant, il présenta à la jeune fille le second paquet, qu’elle se hâta d’ouvrir.

— Oh ! Oh ! s’exclama-t-elle. Le beau, beau velours !

— C’est bien cela, n’est-ce pas ? je veux dire, c’est bien la nuance que tu désirais avoir ? Vert-mousse, tu m’avais dit…

— Oui, c’est bien cela, Séverin, et il y en a… Mais, il y en a…

— Cinq verges.

— Cinq verges ! Ça dû coûter gros d’argent, cinq verges de velours ?

— Ça n’a rien coûté du tout, mon garçon, car voici : je suis allé à un magasin où l’on me devait un joli denier, depuis assez longtemps. J’avais réparé des meubles pour eux et négligé ensuite de leur présenter mon compte. Hier, je me suis fait payer en marchandises. Tu trouveras aussi, dans le paquet, de la ouate, du fil, et de la broche, la plus fine que j’aie pu trouver ; j’espère qu’elle fera ton affaire ?

— Comment vous remercier, Séverin ! s’écria Magdalena. Mon oncle va vous rembourser tout cela immédiatement.

— Me rembourser ? Pas la miette ! Si je veux te faire un petit cadeau, Théo, j’en ai bien le droit, hein ?

— Mais… Cinq verges de velours, à… À combien, Séverin ?…

— N’en parlons plus ou bien, je vais me fâcher ! menaça Séverin. Si tu me voyais quand je suis dans une de mes colères, mon garçon, tu tremblerais par anticipation !

— Je n’aurais pas peur, fit Magdalena en riant.

— J’ai aussi autre chose à te dire, Théo, continua Séverin. J’ai apporté à la Rivière-du-Loup, hier la belle croix que tu avais faite pour ma mère, et je me suis rendu chez l’entrepreneur des pompes funèbres, afin de la lui montrer. « — Qui a fait cela » ? m’a-t-il demandé, et moi de répondre, effronté comme un page :

« — Cette croix vient de chez « Théo, le fleuriste ».

— « Théo, le fleuriste » ? répéta Magdalena.

— Eh ! oui ! Et je ne riais pas du tout, je te prie de le croire ; au contraire, j’étais sérieux comme un juge. « — Où demeure « Théo, le fleuriste » ? me demanda l’entrepreneur. « — Il demeure à Saint-André, ai-je répondu, et laissez-moi vous dire que je suis fort étonné que vous ne le connaissiez pas, de réputation, au moins ».

— Ha ha ha ! rit Magdalena.

— Le court et le long de l’histoire, c’est que l’entrepreneur m’a donné une commande pour toi : trois croix et trois couronnes, pour lesquelles il consent à te payer vingt dollars.

— Vingt dollars ! Vingt ?

— Ce n’est pas un prix exorbitant, tu sais, Théo, puisqu’il les revendra à cinq ou six dollars chacune, assura Séverin. Tiens, ajouta-t-il, voici la commande ; je lui ai promis le tout pour le 15 octobre. Et, mon garçon, n’oublie pas de coller, en arrière de chaque croix, de chaque couronne, et aussi sur les boîtes les contenant, une étiquette portant les mots : « Théo, le fleuriste », cela a son importance.

Ce brave Séverin venait d’ouvrir une nouvelle carrière à Magdalena. Nous l’avons dit déjà, elle aimait passionnément les fleurs ; sa nouvelle occupation promettait donc d’être, en même temps que lucrative, des plus agréables.

Elle se mit à l’œuvre, dès le lendemain, travaillant consciencieusement et bien, afin de mériter la réputation qui lui avait été faite par Séverin, auprès de l’entrepreneur de la Rivière-du-Loup.

Malgré le désir qu’elle avait de voir arriver la fin du mois de septembre, le temps ne lui parut pas trop long, grâce à ses nouvelles occupations.

Mais un jour, elle dut effacer du calendrier la date du 30 septembre, et cette nuit-là, elle s’endormit en pleurant : M. de L’Aigle n’avait pas tenu sa promesse ; sans doute, elle ne le reverrait plus jamais !

VII

PERPLEXITÉS DE ZENON

On était au 3 octobre. La veille, Zenon avait dit à Magdalena :

— Sais-tu, Théo, j’ai envie de construire une aile à notre maison.

— Oui, mon oncle ? fit-elle, en souriant, car elle savait, depuis longtemps que son père adoptif avait la toquade des constructions.

— Tu ne me demandes pas à quoi servira cette aile, Théo ?

— Je me le demande à moi-même cependant, mon oncle ! Pourquoi une aile à La Hutte, qui me parait assez grande, telle qu’elle est ?

— C’est un atelier que je veux construire, en arrière, du côté est ; cet atelier me serait d’une grande utilité, vois-tu.

— Alors, oncle Zenon, construisez-vous en un ! Vous n’avez pas besoin de mon consentement pour ce faire, assurément ! dit Magdalena en riant.

— Sans doute que j’ai besoin de ton consentement, mon garçon ! Ça va t’ennuyer peut-être, d’entendre des coups de marteau, à la journée ?

— Oh ! Ça ne me fera rien du tout, répondit la jeune fille ; j’y suis habituée. Ne vous gênez aucunement pour moi, je vous prie, et construisez votre atelier.

— Séverin viendra demain et nous nous consulterons ensemble, lui et moi. Il a promis de m’aider, afin que tout soit fini pour la fin du mois.

Magdalena ne put s’empêcher de sourire, après que Zenon l’eut quitté ; avec sa manie pour les constructions, son « oncle » eut construit tout un village sur la Pointe Saint-André s’il l’avait pu, probablement.

Le lendemain fut consacré par les deux hommes, Zenon et Séverin nous voulons dire, à se consulter, à prendre des mesures, etc. etc. La porte conduisant à l’atelier serait percé, faite, puis posée tout de suite, et tandis que Zenon ferait cette porte, Séverin s’occuperait à se