Page:Bourget - Mensonges, 1887.djvu/186

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Pour la première fois depuis bien longtemps, la musique fit vibrer en elle une corde d’émotion. Elle passa cette soirée entre le bonheur involontaire que lui donnait la présence de René, et une angoisse à l’idée qu’il lui fît une visite dans sa loge. La honte d’avoir été remarqué paralysait sans doute le poète, car il n’osa même plus regarder du côté de la baignoire, et, quand Suzanne descendit l’escalier, elle ne surprit pas son visage ému dans la haie des spectateurs rangés sur le passage. Aucune contrariété positive ne l’empêcha donc de se livrer au caprice qui l’envahissait si fortement ; et elle en était, quand elle posa sa tête blonde sur son oreiller garni de guipure, à se dire :

— « Pourvu qu’il ne demande pas de renseignements sur moi à son ami Larcher ! »