Page:Bourget - Nouveaux Essais de psychologie contemporaine, 1886.djvu/123

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ce sont les vastes formes de la vie collective, symboles pieux ou métaphysiques. Il n’en est guère auquel il ne se soit intéressé, qu’il n’ait compris et qu’il n’ait chanté. Ce qui, tout au contraire, le laisse indifférent jusqu’à l’oubli, c’est l’individu, la personne isolée et séparée. Il est évident qu’à ses yeux toutes les créatures, y compris son être propre, ne sont que des accidents d’une substance qui les précède, qui leur survit et qui seule importe. Peu d’écrivains sont demeurés plus silencieux que lui sur le roman intime que chacun de nous porte dans sa mémoire sentimentale. Cette réserve prouve simplement qu’une telle confession ne lui a pas été un irrésistible besoin. Il considère sans doute que les idées seules sont réelles et que les faits, aussitôt évanouis qu’apparus, ne valent pas qu’on essaye de construire un monument avec leur poussière. Reconnaissez-vous à ces signes cet esprit philosophique dont la direction naturelle est la spéculation pure, et qui réside essentiellement dans la puissance et le désir de penser par généralisations ? Spinoza, qui pourrait servir d’exemplaire accompli d’une tête métaphysicienne, avait trouvé la formule même de cet esprit : « Il faut, disait-il, concevoir les choses sous le carac-