Page:Bourget - Nouveaux Essais de psychologie contemporaine, 1886.djvu/151

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Il serait inexact cependant de dire que le lien de conscience est toujours identique entre les doctrines et les sentiments. Le bien-être et le mal-être admettent d’autres conditions que les intellectuelles, et de même qu’on est en droit de citer des spiritualistes désespérés à commencer par Pascal, on rencontre l’union des doctrines les plus obstinément négatives et de la félicité. Le doute moral qui fut pour un Jouffroy, pour un Musset, le tonneau de supplice hérissé des pointes les plus meurtrières, ne s’est-il pas prêté à l’indolence de Montaigne comme un mol oreiller où reposer une tête bien faite, — ce Montaigne à qui même l’incertitude sur l’au-delà du tombeau fut une douceur ! Aussi, pour expliquer comment la poésie de M. Leconte de Lisle, si abondante en visions sublimes des dieux anciens et de la nature vivante, cache en son fond une psychologie de détresse, il ne suffirait pas de constater le phénoménisme de sa philosophie. Il est nécessaire de montrer comment le germe pessimiste déposé en lui par cette philosophie a été fécondé par d’autres sources amères de mélancolie, qui infiltrent, hélas ! leur eau empoisonnée dans bien d’autres cœurs.

Et d’abord cette philosophie de l’universel