Page:Bourget - Nouveaux Essais de psychologie contemporaine, 1886.djvu/161

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


antique et ceux de l’adorable Renaissance avec la fête enivrée des sens et du cœur, avec les sentiments exaltés parmi les costumes éclatants et les architectures grandioses ? On nous dit que la vie a du moins gagné en adoucissement. Et cela même est un mensonge. Car la lutte pour l’existence est aussi âpre, aussi implacable. Elle est enregistrée dans les mairies, surveillée par les gendarmes, contrôlée par l’administration ; mais l’homme n’a pas cessé de chasser à l’homme, parce que les appétits sont demeurés identiques. On peut même penser que l’injustice du pacte social, cette affreuse et’inévitable injustice qui fait l’inégalité des naissances et des fortunes, est plus hideuse aujourd’hui, parce qu’elle comporte moins d’énergie et plus d’intrigue, moins de danger courageux et plus de basse finesse. Ah ! laideur au dedans ! Laideur au dehors !

Oui, l’impure laideur est la reine du monde,
Et nous avons perdu le chemin de Paros[1] !


C’est alors qu’apparaît le consolateur, le rêve qui montre de son doigt tendu la Paros idéale où se dresse le peuple des visions consolatrices,

  1. Poèmes antiques.