Page:Boutroux - Pascal.djvu/150

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lui. « Je ne suis la fin de personne, disait-il, car je mourrai. » Dans le même temps, il écrivait à Mme Périer qu’engager sa fille dans le mariage, serait, selon l’expression de ces Messieurs de Port-Royal, commettre une sorte de déicide en la personne des deux époux.

Il était observateur scrupuleux des pratiques de la religion. Il prenait un plaisir toujours plus vif à la lecture de l’Écriture Sainte, et il arrivait à la savoir par cœur. Il aimait surtout le psaume cxviii, où on lit : quando facies de persequentibus judicium ? n savait que tout ce que Dieu exige de nous se résume dans l’amour ; et, en s’appliquant de toutes ses forces à quitter les plaisirs et à s’humilier, il s’offrait à l’inspiration divine.

Et l’amour descendait en lui. Il sentait en son coœur la présence de Jésus-Christ. Il conversait avec lui.


Console-toi, lui disait le Sauveur, tu me chercherais pas si tu ne m’avais trouvé. Je pensais à toi dans mon agonie, j’ai versé telles gouttes de sang pour toi. C’est mon affaire que ta conversion : ne crains point, et prie avec confiance comme pour moi.


Et Jésus lui révélait le mystère de sa double nature. Il a été bien véritablement homme, faible et misérable comme nous et plus que nous. Il a souffert, il s’est vu abandonné, il a été en agonie. Mais, tandis que nos souffrances, passivement subies, sont dissolvantes, les siennes, nées de l’amour, produisent la force et la vie. Et Pascal répondait du fond de son âme : « Seigneur, je vous donne tout ! Lui-même a fixé cet entretien sur le papier dans un fragment intitulé : Le Mystère de Jésus. À peine touche-t-il