Page:Boutroux - Pascal.djvu/157

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sembla que l’esprit de Jacqueline eût passé dans l’âme de son frère, lequel, désormais, se montra inébranlable. Les doreurs et les confesseurs de Port-Royal faiblissaient. Pascal écarte définitivement la subtile distinction du fait et du droit ; et, dans un écrit sur la signature, il déclare simplement que signer le formulaire sans restriction, c’est signer la condamnation de Jansénius, de saint Augustin et de la grâce efficace. Et il rejette sans ambages toute voie moyenne, comme abominable devant Dieu et méprisable devant les hommes.

Il était arrivé, pensa-t-il, cela même qu’il avait prévu dans la dix-septième Provinciale. C’était la grâce efficace que l’on avait visée et qu’aujourd’hui l’on atteignait à travers Jansénius. Or la soumission que nous devons au Saint-Siège ne saurait nous faire relâcher de ce que nous devons à la sincérité chrétienne. Pascal estimait d’ailleurs que le pape n’a non plus d’autorité indépendamment de l’Église que l’Église en dehors du pape. Unité et multitude étaient, selon lui, inséparables. La multitude qui ne se réduit pas à l’unité est confusion, l’unité qui ne dépend pas de la multitude est tyrannie. Les Pères parlent du pape, tantôt comme d’un tout, tantôt comme d’une partie : il faut unir ces deux assertions, sous peine de manquer à la parole des Pères. L’autorité à laquelle nous devons l’obéissance, c’est l’autorité du pape en communion avec l’Église.

Pascal appréhendait que ses amis ne fussent disposés à la condescendance, dans le désir de conserver la maison de Port-Royal. Il nous appartient, disait-il, d’obéir à Dieu, et non de calculer les suites