Page:Boutroux - Pascal.djvu/24

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auquel il vient de se livrer. Il remarque que les mathématiques ont ce privilège de ne rien enseigner qu’elles ne démontrent. La géométrie et la mécanique, sciences mathématiques, lui fournissaient ainsi des principes certains. Mais pour réaliser un instrument utile comme celui qu’il avait en vue, les abstractions du mathématicien ne pouvaient suffire. Elles ne donnent qu’une théorie des choses en général. Or une telle théorie ne saurait prévoir les inconvénients qui naîtront de la matière, ou des conditions de fonctionnement des diverses pièces. Il faut, pour résoudre ces problèmes, joindre aux mathématiques la physique et l’expérimentation.

De fait, l’invention était certainement originale. Il n’existait alors d’autre machine à compter que l’instrument connu sous le nom de Napier’s bones : bâtonnets de Napier. La multiplication y était réduite à une addition. Mais la retenue devait être faite par l’opérateur. Pascal, en trouvant le moyen de faire faire cette partie de l’opération par la machine elle-même, fut le premier inventeur véritable de la machine à calculer.

Pascal avait alors dix-huit ans. L’avenir s’ouvrait brillant et heureux devant ce jeune savant fêté dans le monde, et élevé suivant des principes sages et pratiques. À peine pouvait-on appréhender qu’il ne souffrît d’une disproportion déjà frappante entre ses forces physiques et son génie, et d’un besoin d’excellence, que les plus grands biens du monde seraient peut-être impuissants à satisfaire.