Page:Braddon - Le Secret de lady Audley t2.djvu/172

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moins distinctement depuis cette époque. Je ne crois pas qu’un honnête homme, quelque simple et confiante que soit sa nature, puisse jamais être trompé réellement. Sous la confiance qui se donne volontairement se cache une méfiance involontaire que la volonté ne peut détruire.

« Nous nous mariâmes, continua milady, et je l’aimai assez pour me trouver heureuse avec lui, tant que dura son argent, tant que nous, voyageâmes sur le continent en grands seigneurs qui ne descendent qu’aux meilleurs hôtels et vivent de la façon la plus somptueuse. Mais lorsque nous revînmes à Wildernsea vivre avec mon père, il ne restait plus d’argent ; George était triste, il songeait à ses ennuis, et avait l’air de me négliger. Alors je fus très-malheureuse et je me dis que ce beau mariage ne m’avait en somme procuré qu’une année de distraction et d’amusement. J’engageai George à s’adresser à son père, et il refusa. Je lui conseillai de chercher à obtenir un emploi, il ne réussit pas. Il nous était né un fils, et la crise qui avait été si fatale à ma mère allait arriver pour moi. J’échappai au danger ; mais, après ma convalescence, je fus plus irritable et moins disposée à supporter les privations et le peu d’attentions de mon mari. Un jour je me plaignis amèrement. Je reprochai à George Talboys d’avoir associé à sa misère une pauvre jeune fille sans prévoyance. Il se mit en colère et quitta la maison. En m’éveillant le lendemain, je trouvai sur ma table de nuit une lettre dans laquelle il m’annonçait qu’il allait chercher fortune en Australie, et qu’il ne reviendrait que lorsqu’il serait riche. Je considérai ce départ comme un abandon, et je détestai l’homme qui me laissait seule avec un père incapable de me protéger et un enfant à nourrir. Il me fallut travailler pour gagner ma vie, et chaque heure de ce pénible travail d’institutrice fut une barrière nouvelle élevée entre