Page:Braddon - Le Secret de lady Audley t2.djvu/176

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Times publierait la nouvelle de ma mort. Ce plan n’était pas sans difficulté. Il fallait, en annonçant ma mort, indiquer l’endroit et la date. George accourrait certainement, quelle que fût la distance, et découvrirait le mensonge. Avec la connaissance approfondie que j’avais de son caractère, de son courage, de sa détermination et de son aptitude à espérer quand l’espoir eût été impossible, j’étais sûre que tant qu’il n’aurait pas vu la tombe sous laquelle je reposais, et mon extrait mortuaire, il ne croirait pas que j’étais perdue pour lui. Mon père fut complètement abasourdi et ne put rien inventer. Il se contenta de verser des larmes comme un enfant, de se désespérer et de s’effrayer, et il me fut complètement inutile dans cette crise. N’ayant aucun espoir de sortir de cette difficulté, je m’en rapportai aux événements, et je me berçai de l’idée que parmi bien d’autres coins obscurs de la terre, Audley ne serait jamais découvert par mon mari. J’étais assise auprès de mon père dans un misérable réduit, prenant du thé, et jouant avec l’enfant qui examinait curieusement mes bijoux et ma toilette, sans se douter que je fusse pour lui autre chose qu’une étrangère ; j’avais l’enfant dans mes bras, lorsqu’une femme qui s’occupait de lui entra. Elle venait chercher l’enfant et le mettre en état de paraître plus convenablement devant la dame, comme elle disait. Je voulus savoir comment l’enfant était traité, et je fis causer la femme pendant que mon père s’endormait à côté de la table. Elle avait la figure pâle, les cheveux cendrés, et portait environ quarante-cinq ans. Elle paraissait contente de pouvoir causer avec moi aussi longtemps que je voudrais le lui permettre, et laissa bientôt l’enfant de côté pour me parler de ses chagrins à elle. Elle était dans un très-grand embarras, me dit-elle ; sa fille aînée avait été forcée par la maladie de quitter sa place, et le médecin disait qu’elle