Page:Brizeux - Œuvres, Marie, Lemerre.djvu/115

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Car, folâtre, et voulant le baiser sur la bouche,
Sa nourrice accourut ; mais le petit farouche,
À son sable occupé, longtemps fit le mutin,
Et ce furent des cris, un combat enfantin.
Malgré ces grands efforts, aux bras de la nourrice
Il lui fallut pourtant soumettre son caprice,
Écouter les beaux noms dont elle l’appelait,
Et donner un baiser de sa bouche de lait.
Heureux ainsi qui cherche en tous lieux, sur sa route,
Une fleur qu’il respire, une voix qu’il écoute,
Et, comme on étudie un livre curieux,
Sonde de chaque objet le sens mystérieux !
C’est qu’au milieu du champ cette pierre immobile,
Ce roseau balancé sur sa tige débile,
Ce chien qui tient sur vous son regard attaché,
Sont comme un livre obscur, symbolique, caché,
Un langage muet et plein de poésie,
Et que chacun traduit selon sa fantaisie,
Selon son naturel bienveillant ou moqueur,
Selon qu’il suit en tout son esprit ou son cœur.
Quand les hommes n’ont plus que des songes moroses,
Heureux qui sait se prendre au pur amour des choses,
Parvient à s’émouvoir, et trouve hors de lui,
Hors de toute pensée un baume à son ennui !
Hélas ! le cœur humain, écrit à chaque page,
Ne vaut plus que les yeux s’y fixent davantage :
Chaque mot de ce livre est deviné, prévu ;
Ce que vous y verrez, vous l’avez déjà vu.