Page:Brontë - Jane Eyre, II.djvu/235

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Il sourit de nouveau : je venais de le consoler un peu.

« Parlez-vous des amis, Jane ? me demanda-t-il.

— Oui, » répondis-je en hésitant.

Je pensais à quelque chose de plus, mais je ne savais quel autre mot employer. Il vint à mon secours.

« Mais, Jane, me dit-il, j’ai besoin d’une femme.

— Vous, monsieur ?

— Oui, Est-ce donc nouveau pour vous ?

— Vous n’en aviez pas encore parlé.

— Et cette nouvelle n’est pas la bienvenue, n’est-ce pas ?

— Cela dépend des circonstances, monsieur ; cela dépend de votre choix.

— Vous le ferez pour moi, Jane ; j’accepterai votre choix.

— Eh bien monsieur, choisissez celle qui vous aime le plus.

— Je choisirai du moins celle que j’aime le plus. Jane, voulez-vous m’épouser ?

— Oui, monsieur.

— Un homme estropié, de vingt ans plus vieux que vous, et qu’il faudra soigner ?

— Oui, monsieur.

— Est-ce bien vrai, Jane ?

— Très vrai, monsieur.

— Oh ! ma bien-aimée, Dieu vous bénisse et vous récompense !

— Monsieur Rochester, si jamais j’ai fait une bonne action dans ma vie, si jamais j’ai eu une bonne pensée, si jamais j’ai prononcé une prière sincère et pure, si jamais j’ai eu un désir noble, je suis récompensée maintenant. Devenir votre femme, c’est pour moi être aussi heureuse que possible sur la terre.

— Parce que vous aimez à vous sacrifier.

— À me sacrifier ? Qu’est-ce que je sacrifie ? la faim pour la nourriture, l’attente pour la joie. Avoir le droit d’entourer de mes bras celui que j’estime, de presser mes lèvres sur celui que j’aime, de me reposer sur celui en qui j’ai confiance, est-ce lui faire un sacrifice ? S’il en est ainsi, certainement j’aime à me sacrifier.

— Mais, Jane, il faudra supporter mes infirmités, voir sans cesse ce qui me manque.

— Tout cela n’est rien pour moi, monsieur. Je vous aime, et plus encore maintenant que je puis vous être utile qu’aux jours de votre orgueil, où vous ne vouliez que donner et protéger.

— Jusqu’ici je n’ai voulu être ni secouru ni conduit ; maintenant je n’en souffrirai plus. Je n’aimais pas à mettre ma main