Page:Brontë - Un amant.djvu/74

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CHAPITRE III


M. Hindley revint pour l’enterrement ; et, — chose qui nous étonna et fit jaser les voisins à droite et à gauche — il amena une femme avec lui. Ce qu’elle était, et où elle était née, il ne nous en a jamais informés ; probablement qu’elle n’avait ni argent ni nom pour la recommander, sans quoi il n’aurait pas tenu son union cachée de son père.

Ce n’était pas une femme qui aurait jamais troublé la maison pour sa propre part. Tous les objets qu’elle vit, du moment où elle passa le seuil, semblèrent l’enchanter, et aussi toutes les circonstances qui eurent lieu autour d’elle, excepté les préparatifs de l’enterrement et la présence des veilleurs funèbres. Je la crus à moitié niaise, par la conduite qu’elle eut dans cette occasion. Elle courut dans sa chambre et me fit y venir avec elle, alors que j’aurais dû habiller les enfants ; et là elle se tenait assise, frissonnante et tordant ses mains, et demandant à plusieurs reprises : « Est-ce qu’ils sont partis, à présent ? » Alors elle commença à décrire avec une émotion hystérique l’effet que lui produisait la vue du noir ; et elle tressaillit, et elle trembla, et enfin elle eut une crise de larmes. Quand je lui demandai ce qu’il y avait, elle me répondit qu’elle ne savait pas, mais qu’elle sentait une telle peur de mourir ! Elle me sembla aussi peu exposée à mourir dans ce moment que moi-même. Elle était plutôt mince, mais jeune, le teint frais, et ses yeux étincelaient comme des diamants. Je remarquai bien,