Page:Bruel - Études sur la chronologie des rois de France et de Bourgogne.djvu/59

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consentit à rendre à Thibaud[1]. Est-il trop téméraire d’adopter ce point de départ ainsi présenté et appuyé? Nous ne le pensons pas, et après un long examen, nous l’avons admis et appliqué à nos chartes, car c’est le seul qui permette de rendre compte de toutes les années de Lothaire[2].

On peut objecter, il est vrai, que dans ces quarante chartes il n’y en a pas une seule qui ait date certaine établie par des notes chronologiques ou par l’année de l’Incarnation, mais quoiqu’on ne puisse pas faire la preuve pour chaque charte, cela n’empêche pas que notre système donne pour l’ensemble l’explication la plus plausible de ces années qui dépassent le calcul ordinaire de celles du règne de Lothaire.

On peut trouver aussi que cette manière de compter jette une certaine confusion dans l’esprit lorsque l’on examine de suite les chartes de Cluny des années 978 et suivantes; on est en effet étonné au premier abord, après avoir rencontré la 33e année de Lothaire (nos 1452-1453), de retrouver la 25e (nos 1454-1455), et après l’an 34 (no 1503) l’an 26 (no 1504). Mais cela n’est pas plus extraordinaire que de compter an 24 (nos 1468 et 1478) après l’an 25 (nos 1454 et 1455). Car il est certain que l’on a employé concurremment plusieurs manières de compter les années de Lothaire, et si le mélange des computs de 946 et de 954 frappe davantage, c’est parce que l’écart est plus considérable entre les deux points de départ initiaux. Quant à la date, toutes les chartes dont nous nous occupons ici sont comprises entre les années 978 et 985. Si maintenant l’on étudie les noms des scribes qui ont employé ce mode de dater, il ne paraît point particulier aux personnes, car plusieurs scribes différents l’ont suivi[3] ; mais il semble spécial à une région voisine de Cluny, et qui comprend, outre cette ville, Jalogny au sud, et Besornay, commune de Saint-Vincent-des-Prés, à l’ouest[4]. Il est certain que nous ne

  1. Pertz, Monum. Germ. Scriptores, III, 393, 1. 18. Rec. des historiens de France, t. VIII, p. 200.
  2. Ce système a été développé par M. A. Bernard dans sa brochure intitulée : Les derniers Carolingiens. Lyon, 1867, in-8o, 16 pages.
  3. Voici les noms des scribes qui ont employé ce mode de calcul concurremment avec celui de 954 : Joslenus, Vuarnerius, Aldebaldus, Atto, Udalricus, Constancius, Rothardus, Teutbaldus, Ingelbertus, Achedeus, Eiminus, Rotdulfus.
  4. Une de ces chartes est datée Rodorterio castro, Riotiers, dans l’Ain, près Trévoux (no 1456). Elle est relative à des biens situés dans le Lyonnais, donnés à Cluny, 18 ans auparavant (no 1218) une autre a été donnée à Beaumont, probablement Beaumont-sur-Grosne en Châlonnais (no 1636), à peu de distance de Cluny. Ces deux exceptions ne détruisent pas l’assertion principale que ce mode de calcul a été employé dans les environs de Cluny, d’autant que le scribe qui a écrit l’acte de Riotiers en a rédigé un autre à Cluny (no 1457).