Page:Bruno Destrée - Les Préraphaélites, 1894.djvu/38

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C’était sur le rempart de la maison de Dieu
qu’elle se tenait ;
bâti par Dieu sur la claire profondeur
où commence l’Espace ;
si haut, qu’en regardant au-dessous d’elle,
elle pouvait à peine voir le soleil.

Celui-ci repose dans le ciel, comme un pont
à travers les flots de l’éther ;
au-dessous, les marées du jour et de la nuit
sillonnent de flamme et d’ombre
le vide, aussi bas que le point où cette terre
tourne en rond, comme une phalène tourmentée.

Autour d’elle, des amants, nouvellement réunis
dans les acclamations d’un amour immortel,
répétaient à jamais entre eux
leurs nouveaux noms qui les ravissaient.
Et les âmes qui montaient vers Dieu
passaient près d’Elle comme de fines flammes.

Elle s’inclina encore et se pencha
en dehors du charme qui l’entourait ;
jusqu’à ce que son sein eût échauffé
la balustrade sur laquelle elle s’appuyait,
et que les lys gisent comme endormis
le long de son bras courbé.

De la place immobile du ciel, elle voyait
les pulsations du temps vibrer ardemment
à travers tous les mondes. Son regard luttait encore
avec le gouffre pour se frayer
un sentier, et soudain elle parla comme
les étoiles lorsqu’elles chantent dans leurs sphères.

Le soleil était parti ; la lune recourbée,
était comme une petite plume
flottant au loin dans l’abîme ; et voilà
qu’elle parla à travers l’air calme.
Sa voix était semblable à celle qu’avaient les étoiles
Lorsqu’elles chantaient en chœur.

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