Page:Buies - Anglicismes et canadianismes, 1888.djvu/56

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ment » français, avec lesquels il y a moyen d’avoir l’air aussi barbare qu’un Canaque ou un habitant des Îles Aléoutes. Bien plus, celui qui voudrait parler aujourd’hui comme Rabelais, lequel « fust espendant un maistre » de la langue de son temps, courrait risque de passer pour un fossile vivant ou pour un échappé de Beauport.

Il est, je le répète, de ces mots admis dans le dictionnaire, qui y jouissent des droits de cité, comme les décorés étrangers jouissent des droits de membres de la Légion d’Honneur, c’est-à-dire qu’ils n’en ont ni n’en exercent aucun. À ce qui est donné, en France, au mérite, on le donne à l’étranger par courtoisie. C’est ainsi qu’en laissant « Passation » et « Votation » figurer parmi les mots français dans les dictionnaires, c’est par excès de politesse ou d’indulgence envers des barbares.

Il est de ces mots dont les Français, seuls juges en la matière, parce que seuls ils ont le droit d’adopter telle ou telle expression dans leur langue, ou d’en sanctionner l’usage, il est de ces mots, dis-je, dont les Français ne se servent jamais.

Ainsi, il ne s’agit pas de savoir si votation, qui est censé être l’acte de voter, peut se dire en français ; mais il s’agit de la manière dont nous employons, nous, ce mot, pour désigner le résultat du scrutin, du suffrage donné, ce qui s’exprime par le mot Vote.