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VOYAGES.

s’arrêtait quelques jours, au plus quelques semaines, dans le même endroit, et poussait plus loin au fur et à musure des progrès de la ligne.

On traversa de vastes espaces sans trouver une goutte d’eau. Il fallait creuser sur place des puits artésiens ou pratiquer des rigoles communiquant avec des cours d’eau torrentiels souvent éloignés de plusieurs milles. Puis on avait à se défendre contre les agressions continuelles des tribus indiennes et à maintenir sans cesse l’ordre, chose peut-être la plus difficile, dans cette nuée de travailleurs. La compagnie de l’Union à elle seule n’employa jamais moins de 20 à 25,000 hommes. Et quels hommes ! il faut les avoir vus pour s’en faire une idée. Assurément un grand nombre d’entre eux étaient de braves et honnêtes ouvriers ; mais de quel amas de gens tarés et sans aveu ils étaient entourés ! Tout individu portait pour sa défense personnelle un et quelquefois deux revolvers, sans compter le bowie knife obligé. La loi de Lynch, la seule justice applicable en un tel milieu, régnait sans appel. On ne saura jamais ce qu’il y a eu de crimes et d’actes de violence commis dans cet étrange monde ; il fallait une main de fer pour le diriger et maintenir dans ses rangs une apparence d’ordre et de discipline. Disons cependant que les Mormons et les Chinois se conduisirent en général d’une manière exemplaire, et qu’il n’y eut presque pas de plaintes à formuler contre eux ; ils se distinguaient surtout par leur sobriété, tandis que l’ivrognerie était le vice le plus commun et le plus dangereux de leurs camarades. L’administration du chemin du fer Central n’hésita pas à recourir à la force pour supprimer le débit des liqueurs spiritueuses ; elle fit défoncer les tonneaux de whiskey, et renvoya les marchands se plaindre aux juges